mercredi 27 novembre 2013

L'entretien


C'était mardi. Je rentrai tout juste de Paris.
J'avais rendez-vous à 10 heures pour une session de recrutement au centre des métiers McDonald's de Lyon. Nous étions une vingtaine à attendre. Tous ici dans l'espoir de décrocher un emploi, mais combien seraient pris ?
Mystère.

Ce qu'il faut savoir, c'est que le recrutement chez McDonald's ne se fait pas à la légère. Si j'ai bien retenu, il y a huit étapes. Rien que ça.
  1. Envoie du CV et de la lettre de motivation
  2. Entretien téléphonique
  3. Session de recrutement et test de rapidité et de rigueur
  4. Entretien individuel
  5. Entretien avec le directeur de restaurant
  6. Intégration administrative (signature du contrat, essayage de la tenue)
  7. Intégration en restaurant : formation théorique aux règles d'hygiène et sécurité.
J'ai oublié une étape. Peu importe.
Toujours est-il que mardi matin, j'en étais à l'étape 3.
Je buvais les paroles de la speecheuse (présentation de l'enseigne, attentes, étapes de recrutement, bref tout un tas d'informations plus ou moins utiles, mais qui passent beaucoup mieux quand la personne qui les dit est canon).
Quand le test est arrivée – oui, il y a un test ! - je n'étais pas prête. Fusion ancéphalo-rectale due autant au manque de sommeil qu'au speech d'une heure et demi. Il a pourtant fallut le faire.
Quatre exercices, pour tester notre rapidité, et notre rigueur.
Je suis rapide, mais pas rigoureuse.
En sortant, je me suis sentie comme une grosse merde.
Je suis rentrée chez moi, et j'ai épousé mes couvertures, et tous mes coussins.
Il était 11h40.

12h10. Téléphone.
« Allô ?
- Mlle. Paloma Poiabbvkjzebt ?
- C'est moi-même.
- Daurine, du centre des métiers McDonald's. »
Redresse toi, donne toi une putain de contenance ! Des fois qu'elle puisse te voir.
« Votre dossier a été retenu, nous souhaiterions vous proposer un entretien cet après-midi. »
J'accepte. Raccroche. M'assois.
Entretien ? C'est quoi un entretien.
Je me dis que ce doit être comme un oral. Mais oui, rien de bien fou. Pas de quoi s'inquiéter.
Je n'ai jamais réussi un oral.

Me voici donc de retour au centre des métiers, quitté trois heures plus tôt.
L'entretien débute.
Je bafouille. Je panique. Je rate un mot sur deux.
Je finis par me liquéfier totalement.

Je ne suis qu'une bouillie sans forme, cachée sous une pile de couvertures.
De nouveau, le téléphone sonne. Ils vont me dire que je ne suis pas retenue.
Je ne veux pas décrocher.
Je ne le peux pas ; une bouillie, ça n'a pas de bras.
Il s'acharne, je décroche.

Échanges verbaux entre une personne tout à fait charmante, et une bouillie en décomposition. La seule chose que mon cerveau partiellement à l'arrêt retient, c'est que je viens juste de décrocher un entretien dès le lendemain, avec le directeur du restaurant de La Part-Dieu.
Oh, wait... Oui, oui le plus grand de Lyon et de ses environs. Oui, moi, la nana totalement instable et à moitié claustro.

Et me voilà mercredi, 10 heures, comme deux ronds de flan à attendre mon entretien.
Suis-je stressée ? Oui.
Non.
Je ne sais pas.

Il arrive.
L'homme qui tient mon avenir entre les mains. J'en fais un peu trop ? Certainement. Mais c'est ce que j'ai ressenti à ce moment là. Il me serre la main, et je me retrouve projetée ailleurs, à de années lumières de là.
Ce qu'il se passe sous mes yeux ne me concerne pas. Et, par dessus tout, la personne qui se présente, qui se vend, ce n'est pas moi.
Dommage.
J'aurais aimé pouvoir faire comme elle, parler sans buter sur chacun de mes mots, ne pas réfléchir 10 minutes entre chaque phrase pour trouver quelque chose de même pas intelligent à dire. Être capable de sourire sans discontinuer, tout en soutenant le regard de mon futur Boss.
Ah, ce que j'aimerais savoir faire tout ça !
« Elle va être recrutée » me dis-je. C'est certain, comment pourrait-il en être autrement ?
Et moi, dans tout ça ? Je ne parviens même plus à me rappeler la raison de ma présence ici.
Puis, tout à coup, ça me revient. Mon entretien !

« Bon... Vous commencez demain.
- … Sérieux?! »
Je n'ai pas dit ça. Dieu, faites que je n'ai pas dit ça.
Et pourtant, si, j'ai dit ça.
Liquéfaction.
Elle est passée où la nana géniale ? Franchement, elle aurait pu rester et me donner quelques conseils.

De l'importance des choses

Et voici de retour notre super blonde au T-shirt rouge pour de nouvelles considérations métaphysiques, assistée par ses deux acolytes !
Aujourd'hui, en exclusivité, réflexion sur l'importance que l'on accorde à certaines choses.


Je vous prie de m'excuser, j'avais carrément la flemme de quitter la proximité de mon radiateur pour aller scanner cette planche proprement. Vous n'avez donc droit qu'à une photo dégueulasse.
Mais j'vous aime ! J'vous jure !

mercredi 20 novembre 2013

Confidences d'un poisson rouge

Confidences d'un poisson rouge

 
Tiens, bonjour ! Je ne m'attendais pas à voir quelqu'un ici. Je me présente, je m'appelle Zozo, je suis un poisson rouge.

L'on dit souvent que les poissons rouges n'ont pas de mémoire, ou plutôt, qu'ils oublient tout à chaque fois qu'ils font un tour de leur bocal. Je ne sais pas si cette rumeur est fondée, mais dans le doute, je n'ai jamais fait le tour de mon bocal. Bien sûr je nage, mais je fais des longueurs ou des profondeurs, et me garde bien d'en faire le tour.

Cela fait longtemps que je suis ici. Et je m'y plais. Je partage ma vie avec une jeune humaine tout ce qu'il y a de plus adorable. Je crois qu'elle a dissneuvants, d'après ce qu'elle m'a dit, mais je n'ai aucune idée de ce que cela signifie. Elle est grande, de mon point de vue, et ravissante. Récemment, elle a changé quelque chose dans sa manière de s'habiller, et ça a semblé l'épanouir. C'est étrange, cela a eu lieu juste après une discussion que nous avions eue :
« Oh Zozo, j'en ai marre... Personne ne veut de moi, ça fait des années que je n'ai pas eu de copain, et l'on ne cesse de me dire que je vais terminer vieille fille, bouffée par mes chiens... Je ne sais pas quoi faire... Aide moi... »
Je lui ai répondu que ce n'était pas grave, moi je veux bien d'elle. Ça n'a pas semblé la rassurer, j'ai ajouté, hésitant, qu'elle n'avait pas de chien, donc que ça ne risquait pas d'arriver.
Ce qu'il y a de bien avec mon humaine, c'est qu'elle m'entend et me comprend. On peut donc avoir de réels échanges.
« Heureusement que tu es là. Mais tu vois, j'aimerais tout de même attirer le regard des autres, des garçons surtout. Enfin bon... Tiens, je t'ai ramené un petit quelque chose ! »
Et elle place dans mon aquarium un espèce de petit cactus vert mouvant. Et me donne à manger. En remerciement, je lui répond que si elle veut attirer l'attention, il faudrait déjà qu'elle arrête de se cacher. Car je la vois bien, avec ses longs cheveux et ses vêtements larges, c'est comme quand je vais dans ma petite grotte. Je me cache.
Je crains tout d'abord d'avoir parlé trop bas pour qu'elle m'entende, mais elle se retourne et me souris. Mon cœur fond. Que je l'aime, mon humaine !

C'est ainsi que dès le lendemain, lorsqu'elle est rentrée à la maison, j'ai remarqué le changement. Elle a maintenant de jolis cheveux qui lui arrivent à peine au dessus des épaules. Une mèche tombe toujours devant ses yeux, mais au lieu de donner l'impression qu'elle se cache derrière, ça entretient une part de mystère. Je lui ai dit tout de suite que je la trouvais superbe.
« T'es génial mon p'tit Zozo, tout ça c'est grâce à toi, tes le seul à me soutenir ! »
Et elle me donne à manger. Pour fêter ça, je fais trois profondeurs, et ça la fait rire. Je suis heureux. Je passe le reste de ma soirée à l'observer, plongée dans des livres et des cahiers.

Un autre soir, elle rentre, surexcitée. Je ne comprends pas ce qu'il m'arrive, je stop net ma longueur. Une averse de nourriture s'abat sur le bocal, et elle s'installe devant moi en commençant à me raconter sa journée. Elle va si vite que mon petit cerveau a du mal à assimiler toutes les informations.
« Zozo tu devineras jamais ! Il m'a invité à sortir ! Il est tellement beau, je n'y ai d'abord pas cru. Je me suis retournée, t'imagines ! Je croyais qu'il parlait à quelqu'un derrière moi, la honte. Mais non, c'est bien à moi qu'il parlait, il a insisté, m'a même touché l'épaule, oh mon dieu c'est la première fois que ça m'arrive et... Eh ! C'est tout l'effet que ça te fait ?! »
Oups. J'étais tellement occupé à comprendre que je ne sais pas quoi répondre. Je fais quelques profondeurs. Elle souris et reprend. Toujours aussi vite, je ne comprends rien. J'arrive tout de même à extraire l'essentiel : elle a rendez-vous demain soir avec son grand Amour, un mec qui jamais auparavant ne l'avait remarquée. Je suis perplexe, mais elle semble si joyeuse que je le suis également. Je m'en vais jouer avec le cactus, et la laisse à son euphorie. Demain, je le sens, j'aurai de nouveau droit une double ration ! Je fais deux-trois bulles, pensif. Ah... Je l'aime, mon humaine !

La nuit a passé, et je me réveille doucement. Ma petite humaine est déjà partie, pressée qu'elle devait être d'arriver à ce soir ! Elle a embrassé mon bocal, je vois la trace rouge de sa bouche. Ça me fait plaisir qu'elle ait pensé à moi, et ça me permet d'observer la pièce à travers une fenêtre. Tout est plus beau, vu dans un cadre. Je m'occupe, je nage, je fais des bulles, et je fais bouger mon cactus. Je l'aime ce cactus. Normal, c'est un cadeau de mon humaine.
Et elle rentre. Je suis heureux de la voir, je m’apprête à faire une profondeur pour l'accueillir, lorsque je vois que quelque chose cloche. Elle est en larmes, à tel point que le noir de ses yeux a coulé. Je m'approche timidement de ma fenêtre, et lui demande ce qui ne va pas. Elle s'écroule devant mon bocal, et pleure un bon moment. J'hasarde quelques mots pour la rassurer, mais n'obtenant pas de réaction, je me tais et attends.
« Oh Zozo... Que m'arrive-t-il ? J'étais si bien, en tête à tête avec Lui et... Et cette fille est arrivée, on s'est souri. Et à partir de là, Il m'a semblé si... Inintéressant. Je suis restée dissminuttes encore, puis je suis partie, le plantant là. Il ne voudra plus jamais ressortir avec moi... »
Entre deux sanglots, je parviens à glisser quelques mots. Je commence par demander ce qu'est « dissminuttes », mais ma question n'obtient pas de réponses, je lui dit alors que ce n'est pas trop tard, il lui suffit de l'appeler. Elle ne m'écoute pas et enchaîne.
« Puis cette fille, c'est qui... Elle... Je n'arrête pas de penser à elle... Pourquoi Zozo ? Pourquoi ?! »
Je lui réponds simplement que peut-être elle en est tombée amoureuse. Je ne parviens pas à saisir l'essence du problème. Je lui dit d'aller la chercher, pour voir.
« Tu crois... Tu crois que j'en suis tombée amoureuse ? »
Je crois surtout qu'elle ne m'écoute pas. Alors, je ne réponds rien.
« Mais c'est impossible, c'est une fille ! »
J'ai beau me torturer les méninges, je ne saisis toujours pas l'essence du problème. Au lieu de répondre une chose maladroite, je ne réponds rien.
Le temps passe, et elle ne bouge pas. Décidément, je ne comprends rien à la situation. Puis au bout d'un moment, elle s'endort. La seule chose qu'elle parvient à me dire est « C'est une fille... ».
Et elle ne m'a pas donné à manger.
Je l'excuse, elle avait l'air si mal... Et je ne sais pas quoi dire pour la rassurer, je ne comprends vraiment pas ce qui l'effraie tant. Je l'aime, ma petite humaine... Je suis sûr que tout va s'arranger.

Les jours ont passé. Au début, on n'a pas reparlé de cette fameuse nuit. Et puis, depuis quelques temps, elle me raconte qu'elle a revu la fille, et sympathisé avec. Elle semble avoir retrouvé la joie. Elle sourit, ses yeux pétillent. Elle me raconte qu'elles sortent et vont au cinéma. Qu'en fait, elle ne l'aime pas, c'est simplement son amie. Vu l'éclat de ses yeux je n'y crois pas, mais je me garde de le lui dire. Je fais mes profondeurs, pour manifester mon contentement. Et elle me sourit, tout va bien. Tout va de nouveau bien, j'ai retrouvé mon humaine.
Je suis heureux.
Je l'aime.
Et elle me donne à manger.

Il est tard. J'ai froid, dans mon bocal. Le chauffage est éteint depuis trop longtemps.
J'ai faim.
Elle ne rentre pas, que se passe-t-il ? Elle ne m'a rien dit ce matin, pourtant. J'espère qu'il n'y a rien de grave. Je m'occupe comme je peux, mais il fait sombre. Il fait froid.
J'ai faim.
J'entends du bruit dans le couloir. De joie, je fais des profondeurs. Elle rentre ! Enfin !
Puis quelque chose défonce la porte. La chose semble essoufflée, semble rire par moment. J'entends des chuchotements. Mais ! Il y a deux personnes en fait. Je n'y vois rien, elles n'ont pas allumé la lumière. Qui est-ce ? Un nuage libère la lune, et je distingue dans la pénombre mon humaine, et quelqu'un d'autre. Surement SON humaine. Il semble qu'elles aient vidé le contenu de la table par terre, afin de pouvoir s'allonger dessus. Quelle drôle de pratique. Que font-elles ? Elles n'ont plus beaucoup de vêtements... Et parfois, l'une gémit. Cette inconnue fait-elle mal à mon humaine ? Non, cela ne semble pas être le cas, plutôt le contraire. Est-ce ça l'accouplement ?
Du coup, j'imagine que ça y est, cette fille n'est plus simplement son amie.
Je suis content.
Mais j'ai faim.
Et puis, peu à peu, le calme revient. Elles rient doucement, et sont essoufflées. Je m'approche de ma fenêtre, j'attends qu'on me nourrisse, qu'on me parle. Mais, au lieu de ça, je les vois se rhabiller, toujours dans le noir. Nul ne m'accorde le moindre regard.
Je n'existe plus.
Je ne suis pas là.
Et j'ai faim.
Elles sortent.

Elle ne m'a même pas regardé. Je n'existe plus. Elle m'a remplacé.
Mon cœur se déchire, je pleure. Pourquoi... Il m'aurait suffit d'un regard, un sourire. Ainsi elle aurait partagé sa joie avec moi. M'aurait nourri. Je serais retourné dans ma grotte, heureux.
Mais non... Je n'existe plus. Elle m'a remplacé.
Après tant de jours passés à la soutenir, elle n'a plus besoin de moi. Là s'arrête mon service. Je ne suis plus utile.
Elle m'a oublié.
Je dois oublier.
Oublier tout ça, c'est trop douloureux. Je ne veux pas accepter, je préfère tout effacer. Mais comment ?
C'est simple, je suis un poisson rouge.

Alors, j'entame mon tour. Arrivé à son quart, j'hésite. J'ai partagé tant de choses avec mon humaine.
Je l'aime...

Je suis à la moitié à présent. Elle m'a oublié.
Je n'existe plus.

J'arrive aux trois quarts, l'âme en peine. Ça y est, c'est la fin. Je vais tout oublier, et passer le reste de mes jours à faire des tours...

J'ai presque achevé mon tour lorsque la porte s'ouvre. La lumière s'allume, elle se précipite vers moi.
« Oh mon Zozo, excuse moi !! »
Je reste là, pantois, à deux nageoires de tout perdre. J'ai envie de lui dire que c'est trop tard, que ma décision est prise, mais que je la comprends et ne lui en veux pas. Mais rien ne sort de ma bouche. Elle prend mon bocal dans ses bras.
« Je ne t'ai pas oublié mon Zozo, tiens. »
Elle saupoudre ma nourriture dans le bocal.
« Je t'aime mon Zozo. »
Elle embrasse mon bocal, et s'en va.
Et, c'est sous une pluie de nourriture, la tête à ma nouvelle fenêtre, que je la regarde partir, le cœur léger.
Elle m'aime.
J'existe.



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/!\ Seconde fin
La fin présentée dans cet article est en réalité la fin "réécrite". Si vous souhaitez lire la fin originelle, je vous invite à la lire ici :)