lundi 19 décembre 2011

Zakaria

Dans la capitale d'un royaume d'Orient, très riche et d'une vaste étendue, il y avait un jeune homme, sans autre distinction que celle que son métier lui donnait. Il était cuisinier, et œuvrait au palais du grand vizir. Mais il n'en avait pas toujours été ainsi. Zakaria était le fils d'un vieux cordonnier qui n'avait eu de cesse de vouloir lui apprendre son métier. Mais, dans son enfance, Zakaria avait été très turbulent et désespérait ses parents. Il fallut attendre que sa mère contracte une maladie si opiniâtre qu'elle y succomba au bout de quelques mois seulement, pour que sa conduite se purge des vices qu'il avait accumulés au cours des années précédentes.
Après cet épisode tragique, Zakaria s'était assagit, au point que son père pu reprendre l'éducation de ce fils si agité, qu'il avait été, jusqu'à présent, contraint d'abandonner. Tout allait pour le mieux jusqu'au jour où, l'enfant, devenu homme, croisa le regard de Fitma, la seconde fille du vizir. Pris d'une violente passion pour cette dernière, Zakaria quitta son père et ne tarda pas à être embauché dans les cuisines du palais.
Après des mois de dur labeur, il se résolut à partir à la recherche de sa bien aimée. Celle-ci, sans la moindre pudeur, hantait ses nuits avec tant d'érotisme, que le jeune homme se réveillait chaque matin le corps fébrile et le cœur transit d'amour.

Malheureusement pour notre jeune homme, ce qu'il trouva, loin de satisfaire ses pensées les moins osées, fit naître en lui tant d'effroi, qu'il en resta pantois. La belle devait se marier dans quelques jours à peine, mais s'y opposait farouchement. Pour la punir, le vizir contraignait la malheureuse enfant à rester nuit et jour sous un jet d'eau glacée. Elle demeurerait sous cette douche froide jusqu'à ce qu'elle daigne s'offrir au riche époux que son père, aimant, avait choisi pour elle. Zakaria fut révolté d'un tel châtiment. Comment le vizir pouvait-il ainsi refroidir ce corps que lui, chaque nuit, rêvait de réchauffer ? C'en était trop ! Il agirait le soir même.

De retour en cuisine, il saupoudra les carottes rappées du vizir avec de l'arsenic de premier choix, et alla en personne les offrir à son maître. Il avait cependant omit qu'un valet goûtait chacun des plats parvenant jusqu'au vizir. Zakaria fut jeté en prison.

Du fond de sa geôle, l'amoureux se lamentait. Qu'allait devenir sa belle ? Pourrait-il encore la réchauffer ? Même dans ses rêves, Fitma devenait froide. Le jeune homme n'en était que plus amoureux, et plus désemparé. Il n'avait aucun moyen de sortir, et mourrait de faim en même temps que sa belle mourrait de froid.

En désespoir de cause, Zakaria fit le tour de sa cellule, et ce qu'il y trouva ne pouvait guère l'aider ; un vieux tricot de grand-mère et une lampe à huile, qui contenait moins d'huile que de poussière. Alors Zakaria pleura. Pleurait-il pour lui, ou pour sa passion qui jamais ne serait apaisée ? Ses larmes coulèrent jusque sur la lampe ; machinalement, il l'essuya avec le tricot.

Ce qui se produisit alors n'a rien d'étonnant ; chacun sait que les lampes renferment des génies, et celle-ci ne fit pas exception : un génie en sorti.

« Et bien ! Vieux motard que j'aimais !... Hum... Nan... Tu ne sais pas ce qu'est un motard ? Évidemment... C'est le contraire d'un mot tôt ! »

Et le génie riait. Et Zakaria ne comprenait pas une once de ce qu'il lui arrivait. Alors il restait là, abasourdi, se demandant si, comme son père l'en avait averti, aimer rend fou.

« Ey ! Je suis le génie ! Ne me dis pas que tu n'a jamais ouïe parler de moi... Aladin et la Lampe merveilleuse ? Le Génie ? C'est moi !... Ce gosse est attardé... »

Et l'apparition bleue se tortillait, gesticulant et vociférant des paroles auxquelles Zakaria ne comprenait goutte.
« Non d'un efrit ! C'est pas possible ça... Eh, petit, réveille toi un peu. J'attends tes trois vœux !
_ Mes... Trois vœux ?
_ Oui, tes... Trois vœux.
_ Ah... Je voudrais vivre assez longtemps pour tirer Fitma des griffes du vizir.
_ Exaucé !
_ … C'est tout ?
_ Ben oui, tu vivras jusqu'à l'avoir sauvée.
_ … Et je voudrais pouvoir dire que ma copine, elle est trop belle.
_ Exaucé !
_ Ma copine, elle est trop belle !... Eh ! Tu t'es joué de moi !
_ Point du tout. Et le troisième ?
_ Je voudrais réchauffer Fitma.
_ Exaucé ! A la prochaine fois, mon gars ! »

Tandis que le génie disparaissait de nouveau au fond de sa lampe, Fitma apparaissait aux côtés de ce jeune homme très épris d'elle. Tendrement, mais avec fermeté, il la réchauffa. Puis Zakaria mourut ; il avait vécu jusqu'à avoir tiré sa belle des griffes du vizir.

Fitma, qui était plus érudite que son sauveur, avait eu vent des contes des Milles et une Nuits, et des fourberies des Djinns, Efrits et autres génies. Ainsi, lorsqu'elle formula ses trois vœux, elle pris soin de les tourner de telle sorte qu'elle obtint exactement ce qu'elle voulait. C'est ainsi qu'elle acheva sa vie, heureuse, en compagnie de Zakaria, loin des griffes de son père.

dimanche 18 décembre 2011

Une histoire de dragons derrière un mur

« L'histoire commence en 2002, j'ai treize ans, et je trouve que dormir ne sert à rien. J'ai beau l'expliquer à mes parents, ils ne veulent rien entendre. Et pourtant, j'ai raison, n'est-ce pas ? Lire, jouer ou faire du bruit est bien plus intéressant. Et puis, un soir, ils m'annoncent avoir fait venir de très loin d'anciens amis. Ils veilleront sur mon sommeil, tapis derrière le mur de ma chambre. Deux grands dragons. Des dragons ? Ça n'existe pas ! Je me ris d'eux. Et je continue de me coucher tard.

Et pourtant, bien vite, je me rends à l'évidence ; ils sont là. Je les entends, le soir, gratter mon mur, guettant mon sommeil pour mieux me dévorer. Mais... Ils ne m'auront pas ! Je suis trop malin pour me faire avoir par deux malheureux dragons. Je m'équipe, je m'arme ; pistolet à eau, à billes, filet et lasso. Rien n'est de trop pour combattre un dragon.

Le soir, je me sens comme un prince courant au devant d'un vil dragon pour délivrer une belle princesse, ou pour voler son trésor. Dans mon cas, pas de princesse ni même de trésor ; c'est moi que je dois sauver. Et même si le soir, j'arrive à les repousser, je les vois, pendant la journée... Ils me suivent, m'épient. Je sens leurs yeux sur ma nuque, mais lorsque je me retourne, ils ont déjà disparus.

Et mes parents ne me croient pas, ou plutôt refuse de voir le danger qu'ils ont lâché sur moi. Ils ne veulent pas accepter que, si je baisse ma garde, leurs dragons m'auront. Je ne me laisserais pas faire ! Si je ne peux les repousser, je les tuerai. C'est aussi simple que ça.

Mais que faut-il pour tuer des dragons ? Où me procurer les armes ? Réponse évidente puisque, comme beaucoup d'adultes, mon père en possède. Après avoir cherché un peu, je la trouve enfin, dans un endroit si évident que j'en viens à me demander si les adultes sont réellement intelligents. Je me l'approprie, et la cache sous mon oreiller. Cette nuit sera ma libération, après des mois d'oppression.

Le soir venu, je me couche en hâte, au grand étonnement de mes parents. Et je fais semblant de dormir, pour les attirer. Ces dragons, que je me dois d'anéantir ; je sais qu'ils sont là, je les entends... Ils arrivent. »

jeudi 1 décembre 2011

Astrologie

« Ne vous est-il jamais arrivé de vous demander ce qu'elles étaient ? Les étoiles. Perdues dans l'immensité.... Nous voient-elles aussi ? Minuscules êtres, perdus sur l'immensité de cette terre. Nous grouillons partout, comme elles. Les fourmis. Comme elles, nous sommes partout. Et pourtant, lorsque nous les voyons, nous les écrasons. Alors pourquoi ne nous écrasent-elles pas ? Les étoiles ? Elles sont comme nous, n'est-ce pas ? Partout. Partout dans l'univers.
_ Le faisiez-vous quand vous étiez petit ? Perturber les colonnes de fourmis ?
_ Pensez-vous qu'une fourmis souffre ?
_ …
_ Je le faisais pendant des heures. Je mettais mon pied et les regardais s'agiter. Avaient-elles peur ? Ou étaient-elles simplement agacées ? Je ne pouvais rester ainsi, sans réponse. Alors j'ai versé une marmite d'eau bouillante sur leur fourmilière. Et je les ai entendus.
_ …
_ Leurs cris.
_ Leurs cris ?
_ Même une fourmis a peur. Elles souffraient, et moi je les regardais. Savez-vous ce que j'ai fait à ce moment là ?
_ …
_ J'ai ri. »


« La dernière fois, vous ne m'avez pas parlé de votre métier.
_ Que voulez-vous savoir ?
_ Pourquoi l'avoir choisi ? Astrologue...
_ Je voulais simplement comprendre. Comprendre pourquoi elles ne nous écrasent pas. »


« Avez-vous peur ?
_ Peur de quoi ?
_ De la mort.
_ … Oui.
_ Tant mieux. Parce que vous aussi, je vais vous tuer. »


« Pourquoi tout ça ?
_ Il suffit d'une étincelle. Avez-vous déjà connu l'obscurité ?
_ …
_ Si vous l'aviez connue, vous comprendriez. Moi je l'ai connue. La véritable obscurité. Aucune lumière, nulle part. Pas même de l'espoir. Est-ce l'obscurité ou le néant ? Qu'importe, ces deux choses sont égales. Et puis... J'ai levé la tête. Elles étaient là... Mes étincelles. »


« Je ne sais toujours pas pourquoi vous avez fait ça.
_ Vous ne comprenez vraiment rien... »
Il souriait.
« Ce jour là, je les ai sauvées. Toutes ces fourmis.
_ Pardon ?
_ Que se passera-t-il quand elles ne seront plus là ? Vous ne savez pas ? Je vais vous le dire ; l'obscurité, le néant. C'est ainsi qu'elles nous écraseront. En nous laissant. »
A présent, il riait.
« Toutes ces personnes, ces hommes, ces femmes, ces enfants, vous comprenez à présent ? Je ne les ai pas tués n'est-ce pas ? Je les ai sauvés. Vous comprenez ? VOUS COMPRENEZ ?! »


« Alors docteur, vos conclusions ? Est-il fou ?
_ Non. »


« Je comprends. Mais tu n'y arriveras pas seul. »