jeudi 31 mars 2011

Laisse-moi te dire

Laisse-moi te dire, chère amie,
Que j’pense souvent à c’jour béni,
Qui m’a fait te rencontrer,
Car dès lors, je t’ai aimée.

Ce tourbillon de sentiments,
N’a fait que croître avec le temps,
Il prend tout, et le projette,
Ne laissant rien d’autre dans ma tête.

D’abord une flamme, puis un brasier,
Il n’a cessé de dévorer,
Ce qui s’trouvait au fond d’mon cœur ;
Pour ne laisser que du bonheur.

Il me suffit d’une simple pensée,
Pour le sentir se réveiller,
Et bien vite il se répand,
Me consumant littéralement.

Laisse-moi te dire, mon cœur,
Que je passe souvent des heures,
A nous imaginer main dans la main,
Marchant ensemble, le long du ch’min.

Et la nuit, seule dans mon lit,
Il y a un ange qui me saisit,
Il me console doucement, me caresse,
J’oublie mes doutes et ma détresse.

A mes yeux tu es si belle,
Ta simple vue me donne des ailes,
Je pourrais tout faire, tout accomplir,
Pour seulement te voir sourire.

Ne vas pas croire que je suis folle,
Quand j’pense à toi, mon cœur s’envole,
Et je rêve de toi tout l’temps,
J’suis peut-être folle, folle de toi, finalement…

Laisse-moi te dire, mon amour,
Que je t’aimerai toujours,
Et je t’en prie, crois-moi,
Je n’imagine pas ma vie sans toi.

mercredi 30 mars 2011

Le ciel est gris

Et voilà, le ciel est gris,
Comme mon humeur d’aujourd’hui…

Même si je dors, même si je mange,
Les jours passent, rien ne s’arrange.
J’demandais juste le droit d’aimer,
Et à présent, j’ai tout gâché.

Seulement c’est vrai, je n’y peux rien,
Depuis des années j’vais pas bien,
Mais par chance, dans mon malheur,
Quelqu’un est v’nu, a pris mon cœur…

Je ne sais pas c’que j’aurais fait,
J’sais pas ce que j’serais dev’nue,
Car lorsqu’elle m’a rencontrée,
Je n’en pouvais vraiment plus.

Et pourtant, loin de me fuir,
Elle est restée, elle m’a fait rire,
Et au fil des journées,
Je sentais mon cœur s’envoler.

J’ose le dire ; elle m’a sauvée,
Elle m’a rendu ma liberté,
Ma joie de vivre, ma bonne humeur,
Et en échange, elle a pris mon cœur.

L’amour ce noble sentiment,
Dans ton mon être, je le sens,
Cependant, il me fait souffrir,
Quand je ne la vois pas sourire.

Et à cette insupportable distance,
Mon corps oppose une résistance,
Exacerbant un peu plus mon malaise,
Veillant à ce que tout me déplaise.

Il se défend de cette injustice,
Qui, loin de nous aider, nous porte préjudice,
Je le sais, je le sens, c’est très net,
J’en ai marre, le soir, d’serrer ma couette.

Et voilà, le ciel est gris,
Comme mon humeur d’aujourd’hui,
J’me demande si un jour on m’permettra,
De passer ma vie dans ses bras…

lundi 28 mars 2011

Envole-toi

Envole-toi p’tit colibri,
Te retourne pas, profite de la vie,
Mais surtout, ne ressasse pas le passé,
Contente toi de ne jamais l’oublier.

Tu pars à l’aventure, rien ne te retiens
C’est là-bas, au loin, que tu rejoins les tiens,
Et ensemble vous allez rire, découvrir, voyager,
Mais toi, tu ne vas jamais l’oublier.

Cependant, tu lui as promis, tu s’ras heureuse,
Je n’te connais pas, mais si t’es un peu rêveuse,
Dis­-toi qu’elle est là, et qu’elle te suit,
Qu’elle te dit qu’elle t’aime à chaque éclaircie.

Et bien que tu voudrais qu’elle soit là,
Ne garde pas ces sombres pensées avec toi,
Et s’il te plait, quoi qu’il arrive, sourit,
C’est c’qu’elle voulait, elle te l’a dit.

Envole toi p’tit colibri,
Te retourne pas, profite de la vie.
Et quand tout ça sera fini,
Tu retrouveras ton amie.

dimanche 27 mars 2011

Pour cette vie

Pour cette vie, je pleure,
Car il était injuste qu’elle meure,
Simple, légère comme la rosée,
Insouciante et joyeuse elle a été…

Alors pourquoi a-t-il fallut
Qu’un abruti, un vaut-rien,
En la croisant un beau matin,
Sorte son couteau, et puis la tue ?

Cet être était aimé, choyé,
Et toi, sans remord, tu l’as tué !
N’as-tu pas honte, comment vis-tu,
Maint’nant qu’à cause de toi, quelqu’un n’est plus ?

Mais toute cette colère est bien vaine,
Et très vite, elle redevient peine ;
Mes larmes coulent sans cesse,
Depuis qu’il a fallu que tu la blesses.

Et je me prends à prier, à espérer,
Que finalement ils aient raison,
Qu’si l’paradis existe, les innocents y vont,
Pour qu’une fois sa vie achevée,
L’être seul et meurtri que t’as laissé,
Retrouve enfin sa bien-aimée.

Ecartelée

Je n’ai qu’un désir ; la retrouver,
Mais je n’peux pas, j'suis enchaînée.
On veut m’imposer une norme, me dicter ma vie,
Mais nul ne comprend que c’n’est pas d’ça dont j’ai envie.
Nul ne comprend que, pour moi,
Avoir un métier, avoir un toit,
C’est pas ma priorité, ça n’m’intéresse pas vraiment,
Parce qu’au final, tout ça, c’est rien qu’du vent.

Et moi je n’cesse de répéter, sans jamais m'lasser,
Que si ça n’tenait qu’à moi, j’aurais d'jà tout plaqué.
Et pourtant je suis là, enfermée,
Comme une conne derrière mon pc,
A déverser sur mon clavier,
Toutes mes peines, ma lâcheté.
A quoi ça sert de parler, à quoi ça sert d’écrire,
Si on n’a même pas les couilles de partir ?

Mélodie


Jadis trois anges veillaient  sur le monde. Un d’amour, un d’espoir et l’autre de vie. Tout était harmonie et bonheur, les existences humaines s’écoulaient sans que rien ne les trouble, et nulle guerre ne déchirait villes et villages.  La nature prospérait, l’abondance était la seule à se répandre sur les terres. Mais les années passant, les humains se lassèrent de remercier sans cesse les anges, et, un jour, persuadés de pouvoir se débrouiller sans eux, ils les chassèrent.

Attristés, énervés, mais surtout dégoûtés, les anges s’en furent sans se retourner. Mais ils ne pouvaient s’en aller comme ça, car ils savaient que sans eux, les humains n’iraient pas bien loin. Ils s’arrêtèrent alors sur une colline, verdoyante et agréable. Là, ils érigèrent trois statues, une pour chacun d’eux. Elles étaient simples et sobres, faites des matières les plus nobles que l’on pouvait trouver dans les environs. Mais la simplicité ne retirait rien à leur beauté, et ce lieu, bien qu’on en oublia rapidement les origines, devint un lieu de paix et de repos.

Durant les siècles qui suivirent, l’humanité oublia jusqu’à l’existence des anges de l’ancien temps, répandant haine et carnages aux quatre coins du monde. L’amour, l’espoir et la vie étaient devenus trois choses secondaires, vaines et sporadiques. La terre souffrait, et la nature pleurait ses anges car, elle, ne les avait pas oubliés.

Mais alors que la situation devenait de plus en plus catastrophique, et que la violence des humains arrivait à son paroxysme, les statues furent redécouvertes.  Seul îlot verdoyant au milieu d’une terre dévastée, la colline suscita bien des interrogations. Mais les Puissants, très vite, s’en lassèrent. Ce n’est que grâce à un vieil homme, qui dévoua sa vie à percer ce mystère, que ce dernier fut résolu.

Mais rares furent ceux qui accordèrent du crédit à cette légende. Elle n’allait pas les aider à sécuriser les frontières, ni à développer de nouvelles armes, toujours plus meurtrières… Alors ceux qui y croyaient, si peu nombreux fussent-ils, s’exilèrent. Il leur fallut des jours de marche, dans le froid et la neige, à travers l’aridité de déserts et la dangerosité de montagnes, pour atteindre la colline.

Afin de ne pas dénaturer l’endroit et, surtout, par respect pour lui, ils s’installèrent sur les terres alentours. Et, chaque jour, l’un d’eux allait prier les anges, leur demandant de les aider, de rendre aux humains la raison, mais surtout l’amour, l’espoir et la vie. Mais les années passaient et rien ne se produisait. Dépités, ils partirent un à un, reniant ces anges comme ils avaient renié, auparavant, tous les autres dieux. Seul un couple resta aux pieds de la colline, car malgré les échecs, ils l’avaient, eux, l’espoir.

Une petite fille naquit de leur amour, car ils s’aimaient vraiment. Elle fut nommée Mélodie, en hommage aux multiples chants qu’offraient les oiseaux de la colline. C’était une petite fille douce et rêveuse, qui passait ses journées à l’ombre des grands arbres, à admirer sans jamais se lasser la beauté des statues.

C’est ainsi, après avoir passé tout le jour en compagnie des trois anges, qu’elle trouva ses parents morts et sa maison en flammes. Elle les pleura toute la nuit, et tout le jour qui suivi. Ce n’est qu’au soir qu’elle trouva la force de se relever, et rejoignis les seuls proches qu’il lui restait ; les anges.

Elle pleura à leurs pieds des jours durant, désespérée, vide de tout sentiment. Elle sentit la haine l’envahir, en même temps qu’elle sentait la vie la quitter. Car elle pleurait tant, qu’elle en oubliait de se nourrir.  Mais alors qu’elle sentait ses dernières forces l’abandonner, elle releva la tête, et les vit. Les trois anges la regardaient de leur regard de pierre, fiers, beaux, solennels.

Alors elle se releva, pleine d’amour, d’espoir et de vie. Et pour remercier ceux qui l’avaient sauvée, elle se mit à chanter. Chaque jour était une chanson, et chaque nuit elle composait la mélodie qui l’accompagnerait le lendemain. Les jours passèrent, et les trois anges n’étaient plus les seuls à l’écouter, non… La nature elle-même se délectait de cette voix, aussi juste que douce, qui emplissait la colline du matin au soir.

Ainsi les années passèrent, et chaque soir, les statues retrouvaient un peu de leur splendeur d’entant. Jusqu’au matin où la jeune  Mélodie – qui, à présent, avait bien grandit -, entama une chanson emplie d’amour, d’espoir et de vie. A la fin de la journée, le soleil brillait encore sans vouloir aller se coucher. Mais, épuisée, la jeune fille finit par s’endormir, bercée par les paroles de sa propre chanson.

A son réveil, ils étaient là, penchés sur elle… Les trois anges. Ils la prirent tour à tour contre eux, et l’embrassèrent. Emerveillée elle les regardait, sans pouvoir bouger, sans pouvoir parler. Elle ne put que chanter, une nouvelle fois. Mais ce n’était pas une simple mélodie, ni un simple chant ; c’était une prière… Elle leur demandait humblement de sauver son peuple, de rendre à ses semblables ces trois choses qu’ils avaient perdues au fil des siècles ; l’amour, l’espoir et la vie.

Heureux d’exhausser le souhait de leur jeune protégée, ils l’allongèrent dans la clairière et prirent le chemin des cieux. Elle ne sut jamais combien de temps elle attendit mais, à leur retour, elle sut qu’ils avaient entendu sa prière, et que son peuple était libéré. Elle sourit tandis que les anges reprenaient leurs places.

 A présent, sur la colline, il y a quatre statues. Trois anges et une jeune femme.


Liberté

Liberté
Forte de ce mot, elle a tout plaqué,
Car c'est très fort, qu'elle y croyait,
à la liberté.

Mais enfin, petite fille, réveille-toi !
Rends-toi compte, la liberté, ça n'exist' pas !
Ce n'est que rêve, une illusion, un mensonge,
Ils nous y font croire, nous mentent ; chaque fois on passe l'éponge,
Mais cette société, corrompue, boursoufflée,
Nous fait croire en des choses bien loin d'la réalité.

Liberté,
Tu ne jurais que par ce mot,
Mais à présent, tu tombes de haut,

Aujourd'hui, tout le monde est pareil,
Ils nous promettent, monts et merveilles,
Ils te font croire, à toi, toi et toi,
Qu'si t'es pas riche, qu't'a pas d'argent,
Tu n'seras rien de plus qu'un perdant,
Mais au final, dis moi, qu'est ce que tout ça ?

Liberté,
Ce mot n'est qu'un songe oublié,
Plus personne n'arrive à la toucher,
La liberté.

Nul besoin d'or, de diamants et de voiture,
Simplement d'eau, d'un peu de nourriture.
Mais ça, nous l'avons tous oublié, laissé de côté,
Pour répondre aux lois de cette société
Qui n'a qu'un but, nous faire marcher droit,
Bien qu'elle nous fasse croire qu'on a le choix.

Liberté,
Ce mot, j'y ai cru, je l'ai aimé,
A présent, je ferais mieux de l'oublier

Petite enfant perdue, sur le chemin de la vie,
De plus en plus je peine à retenir mes cris.
Mais ouvre les yeux, bon sang !

Ne vois-tu pas qu'tout l'monde te ment ?
Tu te crois heureux, avec ta vie, ta p'tite famille,
Mais au final, tout ça, ce n'sont que des torpilles,
Destinées à te calmer, à te faire taire,
A t'empêcher de voir qu'il y a autre chose à faire.

Liberté,
Ce mot si doux à mes oreilles,
Je n'peux me résoudre à faire pareil,
Pareil que toi, pareil que lui,
Non, ce n'est pas ça ma vie.

Liberté
Forte de ce mot, elle a tout plaqué,
Car c'est très fort, qu'elle y croyait,
à la liberté.

samedi 26 mars 2011

Bienvenue

« Bienvenue ». Seul ce mot fut prononcé. La porte se referma, et elle resta plantée là, interdite, seule, perdue. Les murs, blancs et couverts de mousse, ne contrastaient pas avec le lit qui semblait n’être qu’un matelas posé à même le sol, couvert d’une couette dont la housse, elle aussi, était d’une blancheur immaculée. Il n’y avait ni meuble, ni fenêtre. Elle n’avait pas pu, non plus, emmener d’affaires. Elle ne portait même pas ses vêtements ; simplement une blouse, originalement blanche.

« Alors c’est ça… L’hôpital psychiatrique. »

Comment avait-elle pu échouer là ? Elle n’était pas folle, non, loin de là. Elle n’était pas dangereuse non plus. Enfin, pas exactement. Elle souffrait de « trouble dissociatif de l'identité ». Oh, ce n’était pas une grande nouvelle ; cela faisait des années qu’elle le savait. Mais elle préférait appeler ça « schizophrénie », c’était plus court. Et sa schizophrénie ne l’avait jamais dérangée, car elle n’était pas de celles qui rendent le sujet violent, dangereux, instable. Non, la sienne était plus douce, plus enfantine…

Tout cela avait commencé il y a de cela plusieurs années, le jour de ses dix-huit ans. En réalité, ce n’était pas elle qui s’en était rendu compte, mais Charlotte, sa meilleure amie. Alors qu’elles discutaient tranquillement dans la chambre de cette dernière, sa personnalité changea brusquement, à tel point que Charlotte cru tout d’abord à une blague. Ce n’est qu’après, lorsque la situation redevint normale et qu’Anna affirma n’avoir aucun souvenir, que les doutes apparurent. Ce n’était que la première de ses nombreuses apparitions. Au début, c’était seulement dans son sommeil. Elle se réveillait sans être elle-même, mais se rendormait aussitôt. Si quelqu’un la dérangeait à ce moment-là, ce n’était pas Anna qu’il avait en face de lui, mais bien son autre personnalité. Charlotte en fit plusieurs fois l’expérience, parlant inlassablement à l’autre, pour tenter de comprendre, pour tenter de guérir. Mais rien n’y faisait, et cet être enfantin revenait de temps en temps.

Lorsqu’Anna et Charlotte furent séparées, le mystère tomba peu à peu dans l’oubli. Pour n’alerter personne, Anna n’en parla plus, répondant évasivement aux questions de son amie, lorsque cette dernière relançait le sujet. Mais la réalité était tout autre, et Anna commençait à s’inquiéter. Il ne lui arrivait jamais d’avoir des trous noirs dans la journée, mais elle se sentait souvent sur le point de « basculer ». Le plus déstabilisant, pour elle, était de s’endormir à un endroit pour se réveiller autre part. Et ça, c’était de plus en plus fréquent. La fatigue s’accumulait étrangement, mais elle comprit vite d’où elle venait ; la nuit, elle ne dormait pas, c’était l’autre « elle » qui bougeait. Cependant, plus la fatigue augmentait, plus il lui était difficile de rester elle-même dans la journée.

Epuisée, mais surtout inquiète, elle décida d’en parler à son amie. Après de longues discussions, elles parvinrent à s’entendre sur les causes de ce dédoublement ; la peur d’Anna. La peur de grandir. Le rejet du monde adulte. Son autre « moi » n’était qu’une enfant, innocente et naïve, évoluant dans un monde bien différent du nôtre, onirique. Le monde qu’Anna, enfant, avait créé, le monde dont elle rêvait souvent. Charlotte la suivit une nuit ; elle passa son temps à toucher à tout, à tout regarder, tout goûter. Elle découvrait notre monde, comme nous l’aurions fait si nous étions arrivés dans le sien. Alors, et avec beaucoup de patience, Charlotte parla à Anna. Elle passa des heures à lui parler, à comprendre ses peurs et ses angoisses, à l’aider à les surmonter, dans le fol espoir d’aider son amie à retrouver la maîtrise totale de son être. Cependant, avant qu’elle n’y parvienne, ce qui devait arriver arriva ; une autre personne s’aperçut du problème.

Et pendant des mois, ce fut une lutte. Une lutte contre elle-même pour se débarrasser de cette « petite ». Pour ne surtout plus qu’elle apparaisse. Car elle savait que la prochaine fois, elle ne pourrait plus s’en sortir d’une pirouette. Mais cette lutte l’épuisa, et lui prit tout son temps. La nuit, elle refusait de dormir, et la journée, elle se forçait à bouger. Cela marcha un temps, mais il arrive un moment où le corps ne peut plus suivre. Lorsqu’elle s’éveilla à l’hôpital, elle savait qu’elle avait échoué. Les médecins lui firent passer des tests, un tas de tests, et le diagnostic tomba : trouble dissociatif de l'identité. La médecine étant ce qu’elle est, aucun traitement ne fut proposé. Et elle put rentrer chez elle, pas plus avancée qu’auparavant.

Mais ça ne passait pas. Bien au contraire, ça empirait. Elle voyait grandir son autre personnalité aussi vite qu’elle se voyait régresser. Elle eut bientôt peur de sortir, peur de voir du monde, ne sachant pas si c’était elle que les gens verraient, ou « l’autre ». Recluse, effrayée, sa vie ne ressemblait à rien. Jusqu’au jour où elle s’éveilla en pleine rue. Avant qu’elle ne comprenne comment elle était arrivée là, un scooter la percuta. Le choc ne fut pas violent, et ses blessures guérirent vite. Mais ses parents décrétèrent qu’elle était dangereuse, tant pour elle que pour les autres. Et peut-être avaient-ils raison, après tout. Ils n’eurent pas à batailler longtemps pour la faire interner ; la volonté de leur fille n’était qu’un vague souvenir. C’est ainsi qu’elle avait atterri dans cette pièce.

Elle s’écroula et se mit à pleurer. Épuisée par tant de larmes, elle finit par s’endormir. D’un profond sommeil duquel elle ne s’éveillerait jamais. Au final, c’était certainement le mieux… Propulsée aux cotés de celle qui était aussi elle, elles passeraient le reste de leur existence à chevaucher, côte à côte,  vagues et dragons, dans le monde onirique dont elle avait toujours rêvé.

vendredi 25 mars 2011

Chronique d’une vie ratée




« Bonjour, je m’appelle Anna, j’ai vingt-huit ans, et tu crois que je suis paumée. Parce qu’il y a de cela dix ans, j’ai tout plaqué ; famille, amis, études. J’avais besoin de neuf ! J’ai cru pouvoir m’en sortir, même sans mon bac. Et j’aurais pu ! Oui, j’aurais pu. J’aurais pu si je n’avais pas baffé mon premier patron, si l’on ne m’avait pas surprise à jouer à Pokémon au lieu d’accueillir les clients, si je ne m’étais pas entrainée au lancé de couteaux sur le chien du voisin, si je n’avais pas ri au nez de mon proprio, si je n’avais pas lâché des souris dans le salon des parents de mon ex, si… Sans quelques petites erreurs stratégiques, je me serais plutôt bien débrouillée, vois-tu. Mais enfin, ce n’est tout de même pas de ma faute si, de nos jours, plus personne ne sait s’amuser ! Rien qu’à voir vos gueules !... Déprimées, empressées, grises. Aussi ternes que les murs des villes où vous vous entassez. Mes parents, souvent, m’ont dit « tu as raté ta vie ». Mais vous, vous avez réussi la vôtre ? Ah ! Si oui, je préfère de loin avoir raté la mienne ! Non mais regardez-moi ça : 7hoo, café-salle de bain-métro… Oups ! Je n’ai pas dit au revoir à mon fils. Tant pis, je lui dirai ce soir ; et puis, ce n’est pas comme si c’était la première fois. Pas de vie sociale, que du boulot. Ouais, comme ça tu as de quoi payer ta maison et ta voiture. Tu pourrais partir en vacances, aussi. Mais comme tu bosses, bha tu peux pas. Alors pour te faire pardonner, t’offres à ton fils une DS3+ pour noël, puis une Xbox720 pour son anniversaire. Super ! Le pire, c’est qu’il est content, et qu’il préfère ça à deux semaines de rêve et d’évasion en Thaïlande. Ou ailleurs, hein ? Là n’est pas la question. Maintenant, ça me choque. Parce que tu vois, ton fils, il est en CP. Et au lieu de sortir jouer au ballon avec ses copains, il les invite à la maison et ils passent leur après-midi à jouer à Call-Of-Duty-Bigproduracing sur leur DS3+XL. Et ça ne te dérange pas ? Non, bien sûr. Au moins, tu es tranquille. Parfois cependant, cela t’énerve, alors tu lui confisques ses cinq consoles et éteins son ordinateur. Mais… Quel cirque ! Au final, et surtout pour avoir la paix, tu lui rends tout ça, mais « pas plus d’une heure, hein, mon chéri ». Oui oui ! Mais jamais tu n’iras vérifier, car tu lui fais confiance… Ou plutôt, n’est-ce pas pour éviter d’avoir à lui dire d’arrêter ? Ses cris et ses pleurs t’exaspèrent… Pauvre de toi ! Mais enfin… Ouvre les yeux ! Ton fils a six ans et, déjà, c’est lui qui dicte ses lois. Lorsqu’il n’est pas à l’école, il est sur l’un des jeux vidéo, qu’en bon parent, tu lui as acheté. La seule contrainte qu’il connait, c’est celle de faire ses devoirs avant de jouer. Il a six ans, il obéit. Mais dans quelques années, ne t’inquiète surtout pas, ça ne sera plus le cas. Et aussi, ton fils, il a jamais ouvert de livre. Il est jeune, et puis, ils lisent à l’école… Certes. Mais ne viens pas te plaindre, plus tard, lorsqu’il entrera au lycée sans savoir lire, et ne parlons pas d’écrire !

Et après c’est toi, ô toi, toi qui a une vie si belle, qui vient me faire la morale. Ah ça, pour l’avoir eu, tu l’as eu, ton bac. Bravo ! T’as même fait des études, dis donc. Toutes mes félicitations. Des études de ?... Psychologie. Et bhé ! Ça s’voit pas. Oulà ! Ne t’énerve donc pas. Mais si tu es si bon que tu le prétends, pourquoi ne vois-tu pas dans quel état tu es ? Chaque matin, tu te lèves, et tu pars de bonne heure. Une fois sur le lieu de ton travail, tu effectues machinalement la tâche qui t’incombe. Dans ton cas, tu écoutes les personnes qui viennent te voir, posant inlassablement les mêmes questions, tirant sans cesse les mêmes conclusions. Mais il en aurait été de même si tu avais été prof, ou ingénieur. Au final, tu serais rentré le soir, fatigué et avec une seule envie : le calme. Sauf que voilà, ton fils est là et il t’attend. Lui aussi n’a qu’une envie : te parler. Mais cette fois encore, tu l’envoies dans sa chambre, « papa est fatigué », l’enfonçant ainsi plus profondément dans ses jeux vidéo. En attendant, toi, tu regardes la télé sans même la voir. Bientôt, ta femme rentre. Pas un mot n’est échangé, car le silence du soir est sacré. C’est déjà l’heure du repas. Devant la télé, sous couvert d’écouter les infos, bien entendu, comme ça personne n’est obligé de parler. De toute manière, personne n’a rien à dire. Sauf ton fils. Mais ce soir, comme chaque soir, tu ne l’écouteras pas. Et voilà, la journée est déjà terminée. L’un sur l’ordi, l’autre devant la télé, vous n’irez pas vous coucher à la même heure. Aucun geste doux ne sera échangé, pas même la moindre parole tendre.

Et c’est ça, mon vieux, que tu appelles avoir réussi ta vie ? C’est ça ? Oh, s’il te plait, laisse-moi rire ! Mais je ne te fais là aucun reproche, non… La plupart des personnes que tu croises ont exactement la même vie que toi. On a juste remplacé quelques visages et quelques décors, mais, au final, toutes vos vies sont une même pièce de théâtre adaptée par des metteurs en scène différents. Alors tu vois, tout ça là, très peu pour moi. A tes yeux, j’ai raté ma vie, mais aux miens, je ne cesse de la réussir jour après jour. Car, réussir sa vie, c’est parvenir à changer de pièce, et pas seulement de metteur en scène. Sur ce, je te laisse avec tes petites leçons de morale et tes grands airs, et je vais retourner à mes affaires. Je te prierai de ne plus m’incommoder, à l’avenir, si c’est pour me dire de telles sottises. Quoi que, grâce à toi, je me suis payé une belle tranche de rire ! Aller, bisous bisous mon gros. Et surtout, ne change rien ! Ta vie est parfaite ;) »