mercredi 2 février 2011

Les écrits journaliers 7

Barder
Bouger
Danser
Différent
Indigestion
Méthodique
Périr
Primeur
Toujours
Traverser


« Ahhh non ! Non non non ! Mais c'est pas possible ça ! Ouh... Ça va barder !... MAMAN ! C'est quoi ça ? Non mais je vais finir par croire que tu te moques de moi ! Tu m'envoies chez le primeur, à 18h, acheter trois kilos de tomates pour satisfaire je ne sais quelle lubie, et tu les laisses périr ? NON ! Ne dis rien ! C'est TOUJOURS pareil ! Tu me demandes TOUJOURS des choses insensées, que tu m'obliges à faire en me donnant mauvaise conscience. Je sais que tu traverses une mauvaise période ces temps-ci... Mais ce n'est pas une raison pour me faire chanter ! Si tu continues, je vais te faire danser, moi ! C'est vrai quoi, j'en ai plus que marre de tes caprices ! Fais ci, fais ça... Tu n'es jamais satisfaite. Alors quoi ?! Bientôt je vais devoir te construire une maison à mains nues et en pleine nuit ? Ce n'est pas si différent de l'esclavagisme ça ! Oh ! Ce n'est pas la peine de me regarder avec de si grands yeux ! Tu te dis que j'exagère, je te réponds « pas tant que ça » ! Regarde comment tu te conduis avec moi ! Alors à partir de maintenant, si tu veux un verre d'eau, tu te BOUGES ! Marre de jouer les boniches, j'en fais une indigestion de tes humeurs ! Maintenant c'est simple, on va faire un partage méthodique des tâches. Et ne compte plus sur moi pour tout faire ! Tu m'as trop faite tourner en bourrique, j'espère que tu as bien profité car c'est fini. Fini tu m'entends ?! FINI !! »
Elle se tait et regarde le miroir.
« Bon. Maintenant, y'a plus qu'à lui dire en face. »

mardi 1 février 2011

Les écrits journaliers 6

Orang-outan
Eclogite
Trapu
Bariolé
Croque-mort


Lorsqu'on lance un dé bien équilibré, on peut obtenir un, deux, trois, quatre, cinq ou six. Ce sont les six cas possibles, les six éventualités.

Ce matin, en allant au lycée à reculons, comme chaque jour, je suis tombée sur un petit homme trapu qui m'a tendu un dé à six faces. « A chaque face, sa surprise ». Instinctivement, je le pris, et continuai ma route. La matinée s'étira, longue, pesante, sans rien de particulier. Ce n'est que plus tard, alors que je sombrais dans un ennui des plus profond duquel il aurait fallu un miracle pour me tirer, que je me souvins du dé. Sorti de ma poche, il dégageait une chaleur rassurante entre mes doigts. J'hésitais à le lancer tant il m'intriguait. Les scénarios les plus fous naquirent dans mon esprit. Je me vis le lancer, obtenir un deux.
« Toc, toc, toc »
« Bonjour madame ! Je cherche mon orang-outan, ne l'auriez-vous pas vu ?
_ …
_ Il s'est échappé, voyez-vous. Oh ! Vous faites les probabilités ! C'est tellement intéressant ! Lancez un dé, par exemple. La probabilité de faire un sept est de zéro ah ah ah ! Bha oui, un dé a six faces ! Eh eh ! »

Sans même me poser des questions sur les éventuelles conséquences qu'un nouveau lancé aurait, je lâchai le dé. Trois. Cette fois-ci, c'est une nuée de mouettes bariolées qui arriva. Elle s'acharna sur les fenêtre, les fit céder. Elles envahirent la pièce. La panique générale qui s'empara de mes camarades m'amusa hautement. Loin de les aider, je me contentai de relancer le dé. Les oiseaux se mirent en rang et formèrent deux espèces de boucles qui tournaient dans des sens opposés, formant une sorte de symétrie autour d'un axe invisible. Intriguée par ce manège, je laissai tomber une nouvelle fois le dé. La prof muta en savant fou.
« Saperlotte ! Mais quelle magnifique zone de subduction avez-vous là ! Permettez ? »
Sous le regard médusés des autres élèves, j'acquiesçais.
« Oh là là là là là là ! Imaginez un seul instant que je mette une couche superficielle au dessus, et nous aurons reproduit admirablement le trajet du magma sous nos pieds, et ce avec des... Mouettes multicolores ! Mes jeunes amis, c'est formidable ! Ne vous attendez-vous pas à voir toutes sortes de basalte, granite, et autres éclogite se former ? On s'y croirait presque ! Et regardez, ici c'est ce que l'on appelle un point chaud, c'est ce qui fait naître... »

Quatre. Le savent poussa un cri et tomba, raide, sur le sol. Ey ! Il n'avait qu'à pas m'assommer de ses cours inutiles et ennuyeux. Dans les secondes qui suivirent, chacune des mouettes s'écrasa aux côtés du premier cadavre. Une fois que le sol en fut jonché, on toqua à la porte. Un homme minuscule coiffé d'un haut de forme et vêtu de noir se présenta. Il s'agenouilla auprès des morts et commença son office. Chaque défunt était mesuré, puis, d'un claquement de doigt, était enfermé dans un cercueil qui s'enflammait aussitôt, répandant dans la pièce une odeur de chair brûlée désagréable. Une fois que toutes les mouettes et le savant eurent disparus, il se tourna vers moi et me tendit une carte.
« Jean Dor
Croque-mort »

Jean Dor... Il portait bien son nom, celui-là. L'idée que ce nom pourrait être l'une de mes inventions me traversa l'esprit. Mais avant que je ne m'y attarde, je décidai de relancer le...
« ANNAAAAA !! »
Mon regard vide dû confirmer que je n'avais rien écouté.
« … Ce n'est pas comme ça que tu auras ton bac. Bon, qui peut répondre ? »
Dépitée, je regardais le petit dé dans ma main. Après l'avoir serré, je le lançai. Six... Rien. Il ne se passa rien. Il ne se passe jamais rien.