lundi 31 janvier 2011

Les écrits journaliers 5

Cligner, Dégauchir, Esquiver, Finasser, Tondre
Vertueux, Linguistique, Pluvieux
Cassoulet, Carambolage, Non-dit, Citadin, Garderie, Fromage de tête, Strip-teaseur, Trappeur, Wagon-lit, Taudis, Démobilisation
Hormis


Bonjour, je m'appelle Matéo, j'ai trente-sept ans, et ma vie jusque là n'a pas été simple. Je suis né par une matinée pluvieuse d'octobre 1973. Je n'étais ni attendu, ni espéré. Mes parents habitaient un espèce de taudis à flanc de montagne ; trappeur, mon père partait des jours durant, me laissant seul avec une mère peu vertueuse. Elle m'oubliait souvent, et j'appris vite à dominer ma faim. J'attendais le retour de mon père, car je savais que lui, me nourrirait. Lorsque j'eus quatre ans, il mourut. En quittant notre bicoque, ma mère m'oublia une nouvelle fois. Je ne sais comment j'atterris en ville, mais je me retrouvais dans un orphelinat, entouré de personnes que je n'avais jamais vues. Je fus rapidement adopté, et échouais dans une belle maison de banlieue. Ainsi commença ma vie de citadin.

J'allais chaque jour à la garderie. Ils nous faisaient faire tout un tas d'activités dans lesquelles je n'excellais pas, bien au contraire. « Il faudrait le dégauchir, ce petit », ne cessais-je d'entendre. A l'école, ce n'était guère mieux. Je n'étais doué pour rien. Ce qui attisait les railleries à mon égard. Le seul souvenir que je garde est celui d'une rédaction « Racontez votre vie, de votre naissance jusqu'à maintenant ». Je me rappelle encore de ce que j'avais écrit ;
« Je m'appelle Matéo, j'ai douze ans, et ma vie jusque là a été très triste. Je suis né une belle nuit d'août, et fut choyé par des parents aimants et chaleureux. J'appréciais passer du temps avec ma mère, hormis lorsqu'elle allait coudre, et je pouvais regarder mon père tondre la pelouse pendant des heures. Mais il y a deux ans, ils sont morts dans un carambolage. Depuis, je me sens seule et vulnérable. Les enfants de mon âge se contentent de me malmener à cause de mon naturel maladroit, mais je ne leur en veux pas, ils sont plus à plaindre que moi. »
Cela ne m'avait pas valu une bonne note, mais le professeur l'avait lu, et l'attitude de mes camarades envers moi avait empirée.

Plus tard, après en avoir enfin fini avec le lycée, je cherchais du boulot. Après plusieurs entretiens d'embauche, l'on me dit « Parlez moi un peu de vous, monsieur ». Je souris et commençai :
« Je m'appelle Matéo, j'ai dix-neuf ans, et ma vie jusque là n'a rien de passionnant. Je suis né une obscure journée de décembre, dans un hôpital de campagne. Ma mère mourut en me donnant la vie, et mon père se suicida quelques mois après. J'ai donc vécu longtemps chez une tante qui esquivait toutes mes questions. Lassé des non-dits, je partais. J'avais quatorze ans. Recueilli par un boucher qui avait besoin d'un apprentis, je passais les quatre années suivantes à préparer toutes sortes de boudins secs, de fromages de tête et autre jambons crus ou cuits. Mais l'heure de la retraite approchant, je n'ai aucune envie de reprendre seul la boucherie. C'est pourquoi je m'adresse à vous. »

Après avoir enchaîné quelques petits boulots, je me retrouvais de nouveau à la rue et au chômage. Je décidais alors de m'engager dans l'armée. L'officier chargé d'analyser ma situation fut direct : « Je n'aime pas finasser ; pourquoi voulez-vous vous engager, et que pouvez-vous nous apporter ?
_ Je m'appelle Matéo, j'ai vingt quatre ans, et ma vie jusque là a été très agitée. Je naquis au milieu de nulle part, dans un wagon-lit qui ramenait ma mère et mon grand-père à la maison. Je n'ai pas connu mon père, et cela ne m'a jamais manqué. J'ai découvert par la suite qu'il était strip-teaseur. Cela m'a choqué, et j'en ai voulu à ma mère. J'ai souvent parlé avec mon grand-père avant qu'il ne meure. C'est grâce à lui que j'ai pu pardonner à ma mère de m'avoir choisi pour père un homme au métier si dégradant. Mon grand-père était soldat. C'est, je crois, ce qui m'a décidé à m'engager. Je viens de finir mes études. Je suis en pleine forme physique comme mentale, servir mon pays est ma seule vocation. Prenez-moi, je ne vous décevrais pas. »
Trois mois après, je fus envoyé en côte d'Ivoire, pour une mission pacifique, qui n'avait de pacifique que le nom. L'air de là bas était très sec, et je ne cessait de cligner des yeux. Bientôt, ils passaient leur temps à couler. Il apparut très vite à mes supérieurs que je ne leur serais d'aucune utilité sur le terrain. On m'installa en cuisine. Là, j'appris les arts culinaires, et prenais plaisir à cuisiner tantôt des salades composées, tantôt du cassoulet, parfois du bourguignon. Mais le plus souvent, les soldats devaient se contenter de patates et de steak haché. Je discutais beaucoup avec les autres. Nous nous racontions nos vies. Enfin, ce fut mon tour :
« Je m'appelle Matéo, j'ai vingt cinq ans, et ma vie jusque là fut assez banale. Je suis né une jolie journée de mai, dans la villa de mes parents. Je n'ai manqué de rien, et fréquenté les écoles les plus prestigieuses. Lors d'un séjour linguistique de huit mois en Italie, je me suis épris d'une comédienne. Chacune de ses apparitions sur scène réveillait en moi tant de sensations qu'il fallait des heures à mon corps pour se remettre. J'avais chaud, je bouillonnais, mais cette chaleur ne m'était pas désagréable. Je sentais mon cœur prêt à sortir de ma poitrine, et mes bras crier leur volonté de la serrer tendrement contre moi. J'allais à chacune de ses représentations. Mais je découvris qu'elle avait un amant. L'âme en peine, je ne pus me résoudre à l'accepter. Je le trouvai et le défigurai. Conscient que mon acte ne me ferait pas obtenir le cœur de celle que j'aimais, je rentrai en France et m'engageai dans l'armée avec le fol espoir de l'oublier. »

La vie continua jusqu'au jour de la démobilisation. De retour en France, je me trouvais désœuvré et sombrais dans l'alcool. Conscient du problème, je me rendais chaque jour aux groupes de parole. Je pus de nouveau narrer mon histoire et les autres étaient tout disposés à m'aider :
« Je m'appelle Matéo, j'ai trente et un an, et ma vie jusque là a été très ennuyeuse. Je naquis en plein hiver, dans un vieil appartement sans fenêtre. Mon enfance n'a pas été malheureuse, j'aimais passer des heures à lire ou à jouer avec mes copains. J'aurais voulu ne jamais grandir et rester indéfiniment à cet âge où l'innocence empêche de voir la laideur du monde adulte. Mais voilà, comme tout le monde, j'ai grandi. Lorsque m'a été posée la question de mon avenir, j'ai répondu que je voulais devenir écrivain. Mes parents m'inscrivirent dans une fac de droit. Je m'assommais de texte de loi incompréhensibles cinq années durant. Mes études achevées, je trouvais du travail dans un cabinet d'avocats pour lequel je donnais toute mon énergie et toutes mes économies. Suite à une mauvaise affaire, le cabinet fit faillite ; je me retrouvais à la rue. Je bus pour oublier. »

Cela m'a beaucoup aidé, car parler de moi me soulageait. Aujourd'hui, je vais mieux. Hier, j'ai rencontré une femme dans le train, elle m'a invité à boire un verre. Je n'ai pas refusé. Elle m'a longtemps parlé d'elle et, ce soir, ce sera à mon tour. Je sais déjà ce que je vais lui dire :
« Bonsoir, je m'appelle Matéo, et je suis un mythomane. »

vendredi 28 janvier 2011

Les écrits journaliers 4.1

Ablation
Percutions
Boudin sec
Autruche
Tétrapode

Juste une petite fiche de présentation de personnage. Voici donc le « héros » de l'histoire du jour.

NOM/PRENOM :
Inconnus
SURNOM :
La Chtouille
ÂGE :
47 ans au moment présumé de sa mort (28/01/2011)
PROFESSION :
Agent du CRM (Centre de Recherche des Machinations)
TAILLE :
1,81m
POIDS :
74kg
SIGNE(S) PARTICULIER(S) :
- Une autruche tatouée sur le bras droit
- Une autruche tatouée sur le bras gauche
- Une autruche tatouée sur la joue
- Une autruche tatouée derrière l'oreille droite
CENTRE(S) D'INTERET(S) :
Collectionne les instruments à percutions pour en jouer dans la nuit afin d'embêter les voisins.
PEUR(S) :
Peur panique des tétrapodes (les hommes, ici, ne sont pas considérés comme tels) très handicapante. Il a cependant appris à la maîtriser avec l'âge jusqu'à un certain point.
SANTE :
- A subi une ablation des testicules suite à un accident de skeat-board
- A subi une greffe de poumon suite à un accident de deltaplane
- A subi une amputation d'orteil suite à un accident de rouleau- compresseur
- A subi une opération à cœur ouvert suite à l'ingestion de boudin sec
- A subi les humeurs de sa mère pendant près de 22 ans
- A subi le concert de Justin Bieber pour sa femme
ALLERGIE(S) :
- Boudin humide
- Boudin sec
- Boudin blanc
- Boudin noir
- Sabayon
- Huître
SITUATION FAMILIALE :
Divorcé depuis le concert de Justin Bieber. Sans enfant.
CONTACT :
Mort
ADRESSE :
Cf ci-dessus




Les écrits journaliers 4

Sceller
Raplapla
Retoucher
S'effacer
Puritain
Débarbouiller
Crémation
Greffer
Dysenterie
Préparatif


Cher Franck,
Je t'envoie comme convenu le rapport de l'opération Pain au lait. Les informations qu'il contient sont confidentielles, je te prie d'être prudent. Si tu as besoin de plus de renseignements, n'hésite pas à reprendre contact avec moi.
Cordialement,
A. C. Laplaque


Début du rapport XZ3018 classé confidentiel. A sceller.
Agent infiltré n° S-312-XI3 dit « la Chtouille ».
Libellé de l'opération : « Pain au lait ».
Date de début : 18/01/2010.

Rapports quotidiens de l'agent (volontairement triés) :
18/01/2010 : Ma couverture est enfin prête, j'achève les derniers préparatifs. Je vais m'infiltrer sous le nom de J. Cul, éminent légiste retraité. Le salon crématoire recherche du personnel, nul doute que M. Cul va les intéresser.
19/01/2010 : J'ai été embauché. Tout se passe comme prévu. Mon travail consiste à préparer les morts avant la crémation.
27/01/2010 : Je remarque que certains cadavres ont des marques suspectes, ce qui confirme nos suppositions. Mais je ne peux prendre les risque de les regarder de plus près.
29/01/2010 : J'ai attrapé une petite dysenterie bacillaire. Je soupçonne l'atmosphère du salon d'être malsaine.
04/02/2010 : Je suis encore un peu raplapla, mais je dois y retourner, les cadavres m'attendent.
07/02/2010 : Demain soir, je m'infiltre dans le salon. Je dois vérifier quelles sont ces marques étranges portées par les cadavres.
08/02/2010 : Minuit. Le crématorium est vide, toutes les lumières sont éteintes. Dès mon arrivée, je me suis arrangé pour faire un doubles des clés, je n'ai donc aucune difficulté à pénétrer dans le bâtiment. Comme je connais l'endroit, l'obscurité ne me gêne pas.
J'inspecte rigoureusement toutes les pièces, je ne trouve rien. J'aurais dû me renseigner plus tôt sur le lieu où ils entreposent les corps. Pourtant, je sais qu'ils sont là. Je continue à chercher.
09/02/2010 : Je n'ai rien trouvé. Mais ils ont remarqué l'intrusion et vont donc redoubler de méfiance. Je vais m'effacer et me faire oublier.
13/09/2010 : Les jours passent, je gagne peu à peu leur confiance. La vue des morts m'écœure de moins en moins, la routine s'installe.
17/10/2010 : Alors que je me débarbouillais après des heures de travail, un employé est venu me parler. Discussion intéressante :
« Monsieur Jean Cul ?
_ On dit CulE, s'il vous plait. Oui, que puis-je faire pour vous ?
_ Cela fait plusieurs mois que vous travaillez pour nous. Avez-vous remarqué des choses... Quant aux... Cadavres ?
_ J'ai appris à ne pas poser de questions.
_ Bien. Bonne soirée monsieur CulE. »
Je ne sais qu'en penser. Je crois avoir bien répondu.
02/11/2010 : L'homme est revenu me voir. Il m'a conduit dans une pièce que je n'avais, jusqu'alors, pas remarquée.
« Monsieur Jean CulE, vous travaillez pour nous depuis bientôt un an. Vous êtes celui qui a tenu le plus longtemps, comme vous avez certainement remarqué. Ceci car nous sommes satisfaits de vos services.
_ Vous m'en voyez ravi.
_ Vous n'êtes pas puritain, n'est-ce pas ?
_ Non, en effet.
_ Êtes-vous intéressé par l'argent ?
_ Oui. »
Il m'a conduit au sous-sol. Là, dans une immense pièce, des dizaines d'humains sont entassés dans des cages. L'hygiène laisse à désirer, et la précarité crie dans tous les coins. Voilà certainement l'origine de ma dysenterie attrapée des mois plus tôt. Il m'a expliqué que les organes de ces humains alimentent un trafic. Lorsque ceux-ci sont en trop mauvais état pour être greffés, ils sont détruits. Les personnes entreposées ici sont importées directement de pays en guerre, et n'ont d'autre utilité que celle d'être tuée pour être revendue en morceau. D'emblée, cela m'a dégoûté. J'ai cependant accepté son offre. Car telle est ma mission. Je suis chargé de retoucher les corps après que les chirurgiens les aient opérés, pour masquer toute trace des prélèvements.
17/11/2010 : Je ne m'accommode pas de mon nouveau travail. Chaque jour il me dégoûte un peu plus. L'idée que je rafistole des corps spécialement tués pour être charcutés m'offusque. J'espère que ma mission s'achève bientôt, je ne tiendrai pas longtemps.
03/01/2011 : Chaque jour je récupère plus d'informations, et je les transmets à mes supérieurs. Pourtant, ils ne font rien pour me sortir de là. L'atmosphère devient invivable.
11/01/2011 : Je ne dors plus, je ne mange plus, et je ne parviens plus à me regarder dans la glace. Ce que je fais m'est insupportable. Mais telle est ma mission.
17/01/2011 : Je n'en peux plus, il faut que cela cesse.

Ci-joint, les éléments recueillis par l'agent.
Informations complémentaires : Disparition inexpliquée de l'agent le 28/01/2011.
Date de fin : 28/01/2011.
Statut de la mission : Échec.
Mission reconduite : Non.
Fin du rapport XZ3018 classé confidentiel. A sceller.

jeudi 27 janvier 2011

Les écrits journaliers 3

Linger
Modérer
Solution
Curer
Plébiscité
Tyrannicide
Gitan
Office
Câblo-opérateur
Dissuader

« Mon père... Je viens vous voir car j'ai besoin de parler à quelqu'un.
_ Je vous écoute, mon fils.
_ Vous m'écoutez ? Ou plutôt vous m'entendez ? Car rares sont les personnes douées d'écoute...
_ Si je ne vous écoute pas, Dieu le fait.
_ Dieu ! La belle histoire. Pardonnez-moi, mais vous êtes bien sûr qu'il est là, votre Dieu ? Je trouve qu'il laisse faire beaucoup d'horreurs, aussi je doute de son existence.
_ Dieu existe, mon fils, sinon vous ne seriez pas ici.
_ Ce n'est pas Dieu qui m'a mis au monde, que je sache !
_ Modérez vos propos, mon fils, Dieu pourrait s'en offusquer.
_ Pardonnez-moi, mon père, mais je suis à bout de nerf...
_ Dites moi tout, mon fils.
_ Alors voilà, je travaille dans un câblo-opérateur. Mon travail consiste à téléphoner à des personnes à des horaires qui les dérangent, pour leur proposer des offres alléchantes de télévision par câble.
_ Continuez, mon fils.
_ Nous sommes plusieurs dans mon cas, et nous sommes payés pour chaque nouveau contrat décroché.
_ Poursuivez, mon fils.
_ Il se trouve que depuis quelques temps, nous décrochons peu de contrats, et le patron, un vrai tyran, se met chaque jour dans des colères noires.
_ Je vous écoute, mon fils.
_ Il a fait appel aux services d'une tierce société pour voir ce qui n'allait pas. Elle lui a trouvé tout un tas de raisons, et tout un tas de solutions.
_ Continuez, mon fils.
_ Ainsi, notre baisse de régime est dû à un mauvais goût vestimentaire. C'est pourquoi, chaque matin quelqu'un vient nous dire comment nous linger.
_ Poursuivez, mon fils.
_ De plus, au bureau, nous sommes déconcentrés par trop de choses. Pour y remédier, il a engagé quelqu'un pour nous curer le nez, et aller aux toilettes à notre place.
_ Je vous écoute, mon fils.
_ Je ne sais pas si vous vous êtes déjà fait curer le nez par un gitan, mais ce n'est pas très agréable. Gitan ou pas, d'ailleurs.
_ Continuez, mon fils.
_ Nous sommes excédés, et nous avons mis toute notre énergie à trouver des solutions, car il est évident que ce n'est pas le fait d'envoyer un gus aux toilettes à notre place qui va améliorer les ventes !
_ Poursuivez, mon fils.
_ Nous avons essayé de parler au patron, mais il ne veut rien savoir. Il y a deux jours, un collègue s'est suicidé en incendiant les vêtements qu'on lui ordonnait de porter pour aller travailler.
_ Je vous écoute, mon fils.
_ Ça ne peut plus durer, vous m'entendez ?! Aussi, nous avons décidé de passer à l'acte. Nous allons le tuer.
_ Continuez, mon fils.
_ Nous avons donc organisé des élections pour savoir qui serait le tyrannicide. Il se trouve que j'ai été plébiscité.
_ Poursuivez, mon fils.
_ Ce n'est pas la peine d'essayer de m'en dissuader, ma motivation est telle que ce serait peine perdue.
_ Je vous écoute, mon fils.
_ Je sais déjà comment je vais m'y prendre. Demain, en allant au bureau, je serai convoqué pour mon absence d'aujourd'hui. Mais je n'irai pas les mains vides. Je prendrai ce petit crochet, vous voyez ?
_ Continuez, mon fils.
_ Il sera tellement concentré sur son sermon qu'il ne réagira pas lorsque je me jetterai sur lui. Je compte lui enfoncer le crochet dans le nez.
_ Poursuivez, mon fils.
_ Cependant, il risque de se débattre. Donc je lui attacherai les mains avec des menottes, et les pieds avec une grosse corde.
_ Je vous écoute, mon fils.
_ Une fois qu'il sera immobilisé, je pourrai prendre tout mon temps pour lui curer le nez, en remontant, doucement.
_ Continuez, mon fils.
_ A force de remonter, je vais atteindre le cerveau. Je prendrai un malin plaisir à le lui curer aussi, car il en a bien besoin.
_ Poursuivez, mon fils.
_ Lorsque le cerveau sera bien curé, il mourra.
_ Je vous écoute, mon fils.
_ Mon père, j'ai besoin de votre bénédiction.
_ Je vous bénis, mon fils. Puissiez-vous accomplir votre office sans aucune difficulté. Amen.
_ Merci. Adieu, mon père.
_ Adieu, mon fils. »

mercredi 26 janvier 2011

Les écrits journaliers 2

Divagation
Surtaxe
Sabayon
Ravissant
Arrachement
Rhumatisme
Pétrin
Dénicher
Incrustation

La scène se passe sur un plateau de télévision.

« Ehh bonjour ! Voici donc la septième de notre émission : Les divagations de la sciiience ! Je vous rappelle le but de l'émission ! Chaque semaine, un problème est posé, et des scientifiques amateurs sont appelés à chercher des solutions ! Le problème du jour est : le rhumatisme articulaire ! »

La fin de la tirade est marquée par une magnifique levée de rideau, découvrant les quatre candidats.

« Chers spectateurs et téléspectateurs, cette ravissante jeune femme se prénomme... Gertrude... Et voici Philippe, Hubert et Maxime-Henry ! Applaudissez les bien fort ! »

Harangué, le public réagit. Lorsque le calme revient, le présentateur reprend, avant de s'effacer :

« Voyons ce que nos apprentis scientifiques ont déniché ! Gertrude, je vous écoute ! »

« _ Oui euh... Bonzour ! Ze m'appelle Zertrude et je ze vais vous présenter un moyen très efficaze pour lutter contre les rhumatismes. En fait, z'avais mon grand-père qui zouffrait de rhumatisme, et chaque fois que ze lui faisait une tarte à base de zabayon, il avait plus mal du tout du tout du tout ! Alors m'est venue l'idée de faire du zabayon un médicament. N'est-ze pas une idée charmante ?
_ Char-mante...
_ Ze zavais que vous zeriez de mon avis ! Alors permettez moi de vous présenter ze fameux médicament... Le voizi ! Il z'azit en fait d'une perfusion au zabayon. Dès que la douleur vient, hop une petite perfusion, et z'est oublié !
_ Et vous êtes zure... Sure que ça marche ?
_ Ah oui oui oui oui oui oui oui !! Ze l'ai tezté moi-même !
_ Ah, vous souffrez de rhumatismes ?
_ Non ! Preuve que za marche !
_ Euh... Oui. Euh... Merci. Vous pouvez retourner vous...
_ Et ze voudrais dire bonzour à mon gros loulou d'amour et à...
_ Oui oui, merci. (moins fort) Partez maintenant ! (reprends son ton habituel) Applaudissez la bien fort ! Ehhh Philippe, à vous !
_ Non mais mon p'énom c'est Mamakomou, mais vos collègues ils ont tenu à le changer, et même si j'me mets dans le pét'in j'p'éfè'e le di'e... Oui alo's moi vous voyez, j'ai demandé à êt'e nationalisé f'ançais, mais dans mon pays les malades t'availlent, faut bien qu'ils se'vent à quelque chose. Et beaucoup sont atteins, à fo'ce, de 'humatismes. Et quand ils ont des 'humatismes, et bien ils peuvent plus t'availler. Donc on les laisse mou'i'e.
_ … Vous les laisser... Mourir ?
_ Euh ben oui ! Comme ça, plus de p'oblème !
_ C'est... Génial. Oui... Génial. Merci Mamakomou.
_ Me'ci à vous !
_ Hubert ?...
_ (très vite) Je pense que mon idée est novatrice. Voyez-vous, j'ai observé les gens lorsqu'ils ont mal. Ce qu'on peut remarquer, c'est que lorsque la douleur atteint une certaine intensité, ils ont...
_ Vous devriez parler plus vite.
_ Oh excusez moi, je m'emporte. (très lentement) Donc, quand la douleur atteint un certain seuil, les gens ont tendance à se faire mal ailleurs. Ça détourne l'attention. Donc ma solution est simple : il faut opérer les patients, et leur incruster des matériaux plastiques libérant de l'acide chlorhydrique sur les tissus environnant les implants. La douleur des rhumatismes sera inhibée par la douleur provoquée par ce système. Si toutefois la douleur des rhumatisme persiste, le malade aura la possibilité d'arracher ce dispositif. L'arrachement des incrustations libérera une telle douleur qu'ils en oublieront leurs rhumatismes !
_ Ré-vo-lu-tionnaire... Notre émission porte bien son nom ! Mesdames, mesdemoiselles, messieurs, il reste un candidat ! Préparez-vous à donner sous peu votre avis sur ces derniers ! Mais avant tout, écoutons Maxime-Henry !
_ … N'ai-je pas droit à des applaudissements ? Vous êtes bien aimables. Permettez moi d'exposer mon point de vue ; le soin des rhumatismes passe avant tout par leur compréhension. Le rhumatisme est un terme utilisé dans le langage courant pour désigner des douleurs au dos, aux articulations, aux genoux ou à la hanche. Il s'agit d'un trouble inflammatoire. Et comme tout problème de cet ordre, il se régule aisément à l'aide d'anti-inflammatoires. Toutefois ces derniers nous offrent tout un panel d'effets secondaires, alors que la consommation d'harpagophytum permet de soulager efficacement ces douleurs, avec, pour seuls effets indésirables, une goût atroce et une haleine à renverser un éléphant.
_ Euh... De l'harpoglum ?
_ Non non non ! Harpagophytum. Har-pa-go-phy-tum. Cela n'est point fort complexe !
_ Ah oui, pardonnez moi. Qu'est-ce donc ?
_ Il s'agit tout simplement d'une plante médicinale utilisée depuis des siècles, dont les vertus analgésiques et anti-inflammatoires ne sont plus à prouver.
_ Ah mais, ceci est fort intéressant ! Où peut-on s'en procurer ?
_ Ceci est d'une difficulté non négligeable. C'est pourquoi je propose à toutes les personnes souffrant de rhumatisme de prendre contact avec notre exploitation familiale, nos prix sont attractifs et nous...
_ Oui oui oui, c'est ça, merci. (plus bas) Je savais bien que ça cachait quelque chose ! (normal) Chers spectateurs et téléspectateurs, il est maintenant grand temps de voter ! Un pour Gertrude, deux pour Philippe alias Mamakomou, trois pour Hubert et quatre pour Maxime-Henry. Envoyez votre choix au 61 759, et gare à la surtaxe liée à votre opérateur ! (plus bas et très vite) Trois euros quarante-huit plus prix du sms. (normal) En attendant, laissez moi vous annoncer le problème de mardi prochain ; comment lutter contre l'aérophagie ? Et maintenant... Place à la puuuub ! »

lundi 24 janvier 2011

Ecrits journaliers 1

But : Écrire quelque chose dans la journée, avec les dix mots choisis au hasard chaque matin.

Dégringoler
Effet de serre
Fou rire
Attraper
Les signes du zodiaque
Gicler
Beugler
Venaison
Trainard
Complet


Ce dialogue a été écrit pour être « joué » par deux personnes. Il faut le lire avec en tête, l'accent du sud bien exagéré. Quelques expressions catalanes se sont glissées dans les répliques (bun deo, da deo, qui signifient quelque chose comme « grand Dieu », ou « bon Dieu »), l'orthographe n'est peut-être pas la bonne.
L'USAP est l'équipe de rugby de Perpignan, Vernaison est un village non loin de Lyon.



« - Oh peuchère, et là il te l'a attrapé, il a sorti son couteau ! T'aurais vu tout l'sang qui a giclé !...
- Aie té ! C'est l'effet de serre ça, ça rend les gens toujours plus chauds, qu'ils ont dit à la télé.
- Mais non Fernand, t'as mal compris, mon vieux. C'est les ans qui sont plus chauds, pas les gens.
- Bonne mère oui, tu as raison. Mais c'est qu'ils parlent trop vite à la télé. Et qu'est ce qu'ils disent comme conneries ! Té ! Tu sais pas c'que j'ai entendu hier ?
- Quoi ?
- Que les chinois font du rugby !
- Non ?!
- Putain oh, j'étais sur le cul. Je l'ai entendu comme je t'entends, con : « Les signes de l'USAP chinois... », et en plus, ils ont le culot de piquer nos équi...
- Ah ah !! Arrête, arrête, par pitié ! Arrête !!!
- Mais cesse de beugler, tu veux ?!
- Oh non, Fernand ! Si tu continues, c'est le fou rire assuré !
- Mais quoi à la fin ?!
- Les signes de l'USAP... Ah ah ah ! T'as mal compris Fernand ! C'est les signes du zodiaque, pas les signes de l'USAP !
- Oh con, t'y es sûr ?
- Mais oui mon vieux ! Et puis les chinois, ça fait du sudoku, pas du rugby. Tu sais quoi ? Je crois que tu t'fais sourd.
- T'as p't'être raison, mon p'tit Maurice. Mon ouïe dégringole aussi vite que ma femme dans les escaliers.
- En parlant de ça, elle va comment ta Ginette ?
- Oh, on fait aller. Tu sais, elle est plus toute jeune, et depuis sa chute, le médecin lui a prescrit un repos complet.
- Putain oh, mon pauvre vieux. Et ça va, tu la supportes ?
- Pourquoi crois-tu que j'suis là, à te parler ?
- Aie té, tu marques un point là.
- Et toi Maurice, comment elle va ta femme ?
- Oh ça, mon vieux, depuis que j'lui ai crevé l'œil elle...
- HEIN ?!
- Aie bun deo, j't'ai pas raconté ? C'était au mariage de mon second fils. Oh con, il se marie à quarante-trois ans celui-là ! Ça m'étonne pas, c'était le trainard de la famille. De mon temps, fallait se marier à vingt ans, avoir des gosses à vingt et un et...
- Tu t'égares, Maurice.
- Dieu préserve, c'est qu't'as pas tort. J'disais quoi ?
- Qu't'as crevé l'œil d'ta femme. Déjà qu'elle était pas super, elle doit être carrément laide, là.
- Tu crois pas si bien dire... Ouais donc, j'étais au mariage de mon fils. Ils se marie à quarante-trois ans celui-là. Mais ça m'étonne pas, il a toujours été à la traine. Je me rappelle...
- Tu radotes, Maurice.
- Dieu préserve, c'est qu't'as pas tort. J'disais quoi ?
- … Ah.... Tu m'disais que t'as crevé l'œil d'ta femme.
- Aie et oui ! C'était au mariage de mon fils, il se marie à quarante-trois ans, à la ramasse comme tou... Ah ah ah !! Fernand ! Tu verrais ta tête, ah ah ah !! Comment veux-tu que j'garde mon sérieux, con ?
- …
- Ah ah. Oui alors j'ouvrais l'champagne, comme toujours. Et là, la Périnne elle vient, elle se plante devant moi et m'sort « tu pousses le bouchon un peu trop fort, Maurice ». Et là le bouchon saute, droit dans son œil.
- Oh !
- C'était pas jojo à voir, mon vieux.
- Ah !
- Et ça l'est toujours pas, d'ailleurs.
- Da deo, j'aurais aimé voir ça, té.
- C'est vrai qu't'en as raté une belle là. Pourquoi t'étais pas là, d'ailleurs ?
- Ah mon vieux ! J'mangeais le produit de la chasse du neveu d'la belle sœur du vieux Fred. Il chasse le gibier, il là il nous avait ramené une de ces venaison, au moins pour...
- Vernaison ?! Mais c'est taille de loin ça ! Pourquoi t'étais si loin, d'ailleurs ?
- Venaison, Maurice...
- Oui merci, j'suis pas sourd, moi ! Mais c'est loin Vernaison. C'pas dans l'Rhône, d'ailleurs ?
- D'ailleurs, d'ailleurs, d'ailleurs ! Et moi j'te dis que c'est VENAISON, pas VERNAISON ! Bourrique, va !
- Et aller, après c'est moi qui beugle.
- Et oh, tu vas pas commencer, té !
- … Mille dieux, Fernand ! Surtout te retournes pas, v'la Raymond qui arrive !
- Ahh non ! Vite, paye ! On part ! »